PLISS FOSS’

« Ne mélangez pas tout. Ce sont les violences policières le problème ! »

Suis-je la seule à lire et entendre ce genre de remontrances ces derniers jours ?
Il semble que certains essayent de minimiser le problème en le cantonnant à un problème de « popo », et ils exigent alors de nous de ne pas tout mélanger. Ils vont jusqu’à nous accuser d’inciter à la violence et à la révolte lorsque nous osons prononcer les expressions « racisme systémique », « racisme institutionnel », « racisme ordinaire », « injustices raciales quotidiennes », « ordre néo-colonial » en même temps que « violences policières ».

J’ai toujours trouvé ces pseudo-humanistes tristement fascinants.
En même temps qu’ils défilent avec nous dans les rues et postent des carrés noirs sur leur page Instagram, ces racistes qui s’ignorent et/ou se nient ont cette tendance perfide à rendre coupables les victimes.
Voilà qu’en plus de nous inquiéter d’un virus mortel, nous devons encore lutter contre et survivre à tout un système meurtrier.
Car non, il ne s’agit pas seulement de violences policières, mais de tout un système gangréné par l’abject.
Les violences policières alors cautionnées, encouragées et protégées par ce système ne sont que la suite logique de ce système.
Comprenez-vous ?

C’est parce que le tronc et les branches sont ceux d’un arbre pourri profondément enraciné dans une terre stérile souillée par des siècles sanglants, que les fruits n’ont pas d’autre choix que d’être pourris.
Voilà pourquoi nous ne pouvons pas nous cantonner à une histoire de «f*ck la popo » : critiquer ou même arracher quelques fruits pourris ne résoudra jamais la propagation de la pourriture.
Nous nous devons de dénoncer et de combattre tout un système,ce système meurtrier qui perfectionne les techniques d’un génocide entrepris depuis bien trop de siècles.
Nous n’avons pas d’autres choix que d’appeler à la révolte.
Nous n’avons pas d’autres choix que de nous révolter.

Drapés d’une hypocrisie et d’un pseudo-humanisme tricolores, ces gens refusent de comprendre cela, nous accusant d’inciter à la violence et de prôner un communautarisme présenté à tort comme un vecteur de divisions.
N’est-il pas odieusement ironique d’entonner fièrement « Aux armes, citoyens » tous les 14 juillet et de crier, à chaque grève et manifestation pour des augmentations de salaire, à ni plus ni moins qu’à la mort de patrons, mais de nous accuser d’incitation à la violence lorsque les armes que nous osons appeler à prendre contre un système raciste sont pour exemple une éducation et une économie communautaires ?

Rappelons que dans les régimes totalitaires, les dictatures, autres systèmes oppressifs et gouvernements basés sur l’ignoble et l’inhumain, les combattant de la liberté sont souvent traités de et en dangereux criminels bien qu’ils n’aient pour seules armes que leurs voix, des livres, du papier et un stylo, des blogs, des chants, etc…
Ils sont considérés comme des fauteurs de troubles hors-la-loi.
Peut-être est-ce là naïf et démodé de s’enticher de valeurs telles que l’honneur, mais je préfère avancer la tête haute peu importe l’image dégradante qu’une société aux valeurs corrompues voudra me coller sur le dos, plutôt que de ramper dans la putréfaction nauséabonde en négociant quelque prestige social.
Demandons-nous ce que valent des lois et des étiquettes posées par un système et un gouvernement dont la véritable devise se donne à voir dans des actes quotidiens et non dans des mots : Liberté, Egalité, Fraternité se révèle au quotidien Liberticide, Egalicide, Fratricide.
Que valent les lois d’hommes complexés lorsqu’elles vont à l’encontre de lois morales ?
Et là, certains smart asses voudront jouer les philosophes en demandant : « Mais, qu’est-ce que la morale après tout ? »
Là, se situe à mon avis le problème.

Alors que nous posons que le racisme est une immondice immorale et inhumaine, trop de merdes pseudo-humanistes en viennent à vouloir négocier et débattre sur ce qui relève ou non du racisme. Ils appelleront cela des questions légitimes. J’appelle cela une redéfinition du Bien et du Mal.
Pire, an ka di yo sé pisé an pisé, mé yo vinn’ di mwen sé vomi an vomi, ils vont nous imposer cette redéfinition et dresser une liste (incroyablement courte soit dit en passant) de ce que nous pouvons considérer comme blessant, humiliant, raciste, inhumain.
En tant qu’être humains, nous savons pertinemment ce qui relève du Bien et ce qui relève du Mal, et vouloir négocier les termes du racisme ne sert qu’à justifier, expliquer, légitimer et se rassurer quant à son choix pur et simple du Mal.

L’hypocrisie et le sadisme tricolores se cachent sous une ignorance embrassée à pleine bouche pour permettre la poursuite en toute impunité d’un génocide qui dure depuis bien trop de siècles.
Alors non, nous ne nous cantonnons pas à la dénonciation des brutalités policières: c’est tout un système suprémaciste qu’il faut démanteler.
Ne leur en déplaise, nous ne pouvons plus nous satisfaire d’arracher quelques fruits pourris car nous avons appris des générations précédentes et nous avons compris que c’est à l’arbre tout entier que nous devons nous attaquer; ce sont ses racines que nous devons brûler.

Ces pseudo-humanistes sont horrifiés lorsque les statues de leurs » héros » colonisateurs sont renversées de leur piédestal…mais il ne leur est jamais venu à l’idée qu’ériger en premier lieu et maintenir par la suite des statues à l’effigie de ces tortionnaires qui ont souillé et détruit nos corps au nom de la science, du progès et du capitalisme relevaient du sadisme le plus vil.
Ces pseudo-humanistes sont scandalisés lorsque, préférant rendre hommage aux véritables héros de l’Histoire, nous crachons aujourd’hui sur les noms de leurs « Grands Hommes » …mais ils s’efforcent de rester aveugles sur le fait que ces derniers ont pensé, financé, légiféré, autorisé, justifié et embrassé le génocide de millions d’êtres humains au nom de principes pourtant présentés comme moraux. Ce sont ces mêmes principes qui aujourd’hui alimentent le système sadique, injuste et meurtrier que nous refusons de tolérer … et pour cela, nous sommes accusés d’appeler à la violence.
Malcolm X, d’ailleurs traité injustement à ce sujet, avait déjà souligné cette immonde propension à qualifier de « violents » des actes de pure légitime défense. Aujourd’hui, le simple fait de traiter de et d’appeler à la décolonisation fait de nous des êtres dangereux. « Ils appellent ça violence mais nos mains chérissent la vie tandis qu’ils ont notre sang sur les leurs. Si cela est de la violence, alors je suis dangereuse. » (Au huitième jour, 2018)

Il est vrai que nous avons encore cette aliénation à traiter et cette décolonisation à opérer. Mais prenons cet instant pour nous apprécier.
Je sais que beaucoup d’entre nous sont moralement et physiquement épuisés.
Je sais que nous sommes fatigués de craindre pour nos vies, de devoir subir au quotidien une haine raciale banalisée. Je sais que nous sommes las de nous entendre accusés d’encourager les divisions raciales, de voir nos douleurs, nos blessures et nos peurs minimisées, moquées et réduites au silence.
Mais encore aujourd’hui, je vois notre résilience, et je ne peux m’empêcher de m’enorgueillir de faire partie de cette génération, de ressentir cette immense fierté d’être une femme noire. Nous ne nous laissons pas intimidés. Nous ne nous laissons pas réduire au silence afin de les satisfaire dans leur abjecte ignominie. Nous refusons de nous taire afin de nous satisfaire d’une paix illusoire.
Nous nous connectons les uns aux autres que nous soyons en France, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, en Guadeloupe, … Nous nous épaulons comme des frères et sœurs, nous nous rassurons comme des amis, nous nous écoutons les uns les autres, nous nous aimons et nous inquiétons comme une famille. Nous nous respectons comme des être humains.
Car voilà ce qui est en jeu : notre Humanité!
Dans ce monde détruit par des valeurs infâmes et inhumaines, nous réhabilitons des valeurs humaines jugées démodées par les pseudo-principes de sociétés occidentales putrides.
Frantz Fanon appelait à notre vigilance quant à la mission de notre génération … et nous ne la trahirons pas!
C’est avec honneur que nous nous battons et agissons.
C’est avec fierté que nous refusons de courber l’échine.

Alors malgré toute cette haine déversée au quotidien, les menaces, les intimidations, les fausses accusations, les violences physiques, ce génocide, … je ne peux m’empêcher de sourire lorsque je me tiens à vos côtés. Merci 🖤

Tchinbé rèd, é pliss foss’.

-C.Patisson-Smith


4 réflexions au sujet de « PLISS FOSS’ »

  1. J’ »aime » voir les débats sur ce qui relève ou non du racisme (.Ca me fait penser au tableau « Dogs Playing Poker ».)
    Où les intervenants étant des personnes avec de hauts « niveaux intellectuels » cherche j’espère sans mauvaise pensée à rédefinr le bien et le mal.
    En nous expliquant que ce que l’on vit n’est que des comportements isolés, d’individu minoritaire.
    C’est comme si, moi homme disait à une femme ce qu’est les règles et leur incidence dans la vie de tous les jours.
    La bêtise est la même.

    Aimé par 1 personne

    1. J’aime beaucoup le parallèle que tu fais entre les logiques du ‘whitesplaining’ et du ‘mansplaining’, et je te rejoins complètement.
      D’ailleurs cela souligne bien que nous sommes dans un patriarcat blanc.
      Merci beaucoup de ton commentaire 🌹

      J'aime

  2. Merci Céline pour cet article !
    Je trouve ça tellement énervant lorsqu’une personne de type européen (blanc) vient me dire COMMENT je devrais interpréter la situation et CE QUI EST OU NON LE RACISME ! Pour une fois j’aimerais qu’ils la ferment,écoutent, ENTENDENT. Mais c’est peine perdue.

    Le choix de la France d’ériger des statuts à l’image de leurs fondateurs/héros nationaux qui sont nos bourreaux, des assassins, des colonialistes est le reflet même de la mentalité… Est-ce qu’en Allemagne il y a des statuts d’Hitler ou des juifs massacrés dans les camps ? Donc voilà ! Leurs choix sont le reflet de leur mentalité colonialiste/raciste/haineuse.

    Par contre je ne suis pas d’accord lorsque tu écris que « les fruits n’ont pas d’autre choix que d’être pourris ». On a toujours le choix, tout est justement une question de choix. On peut choisir d’accepter sont ignorance, sa maladresse, ouvrir les yeux et tout mettre en oeuvre pour se battre contre les idées reçues. On a le choix de dire (en tant que blanc) à un autre blanc qui se montre raciste/ignorant de fermer sa g**ule. On a TOUJOURS LE CHOIX ! Et le plus dur est de CHOISIR de quitter ses privilège et le camp des privilégiés…

    Très bel article avec des idées intéressantes et beaucoup de matière à débattre ! Pliss fos my lady 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup de ton commentaire, Farrah 🌹
      Lorsque j’écris que les fruits n’ont pas d’autres choix d’être pourris, je fais référence aux institutions (ici, la police donc les violences policières autorisées et protégées donc par ce système). Merci de relever ce passage et d’en apporter une correction / précision. Tu as tout à fait raison : nous avons le choix. En tant qu’êtres humains, en tant qu’individus, nous avons le choix au quotidien entre….le Bien et le Mal. Merci de le souligner.

      C’est drôle que tu mentionnes l’Allemagne (où je me trouve actuellement) car effectivement je discutais avec une Allemande qui était choquee de ne pas voir plus de marches organisées dans la suite des Blacks Lives Matter, et nous en sommes venues à parler des statues. Elle a alors souligné l’hypocrisie d’une France (qui rappelons-le a participé activement en dénonçant des Juifs) qui accuse régulièrement l’Allemagne, selon elle, de profiter d’avancées ‘scientifiques’ et de bénéficier d’une économie solide alors que ce sont les conséquences de l’hitlérisme. Pourtant, ils ne sont pas fiers de cela et ne vont ériger aucune statue d’Hitler … Mais la France, orgueilleuse de ses colonisateurs, ne voit pas le problème d’ériger des statues à leur effigie ? Un poids deux mesures ?
      Tout comme sa remarque, je trouve la tienne assez juste car cela nous invite à effectivement questionner l’hypocrisie et le choix conscient d’opter au final pour le Mal. Merci beaucoup, je pense que ton commentaire très riche nous donne à tous, moi la première, de quoi pousser la réflexion encore plus loin 🌹

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